Spéciale Irak (7) : Gianni Vattimo / Marc Riboud
(28/03/2003 - www.radiofrance.fr)
Nous recevions ce matin Gianni Vattimo, professeur de philosophie à l'université de Turin et député au Parlement Européen de Strasbourg. Il vient de prononcer, dans le cadre du colloque international « Latinité et héritage islamique », qu'organisait cette semaine l’Académie de la Latinité à Paris, une communication consacrée à la laïcisation du christianisme et de l’Islam.
Une réflexion bien évidemment nourrie par la crise qui pèse aujourd’hui sur la communauté internationale, où l’on voit s’opposer deux camps se revendiquant chacun à leur manière d’une « politique divine ». Celle que mène le président américain témoigne, selon notre invité, des dérives d’une « religion de la liberté » qui fut autrefois bénéfique, et dont le premier terme tend aujourd’hui à étouffer le second. Dès lors
l’expression récemment utilisée par un philosophe allemand, qui parle d’une « talibanisation de l’Amérique », le choque "de moins en moins" : dans ce conflit, nous dit-il, Saddam Hussein a malheureusement été « posé du côté de la raison par le tort des autres ».
Prolongeant ensuite la réflexion de notre invitée de mercredi dernier, la juriste Mireille Delmas-Marty, Gianni Vattimo a insisté sur le danger que représenterait un « état cosmopolite unitaire », « total », érigé au mépris du multipolarisme. L’idéal cosmopolite de Kant, souligne-t-il, n’est pas forcément un facteur de paix… une idée que dément – en partie – Marc Riboud, notre deuxième invité de ce matin, avec Istanbul, un recueil de photographies prises au cours du dernier demi-siècle dans la plus cosmopolite des villes. Les longs séjours de Marc Riboud à Istanbul lui ont montré à quel point les tensions et la violence y étaient singulièrement peu présentes, en dépit du nombre formidable de ses habitants et de la diversité de leurs origines. Une cohabitation réussie, estime-t-il, dont une des raisons est selon lui la force de cohésion de la religion musulmane, dotée d’une puissante « structure morale et familiale ». Marc Riboud nous a également fait part de ses expériences de photographe en guerre – et non « de guerre », précise-t-il - témoin quasi « par hasard » des conflits qui ont jalonné le dernier quart du vingtième siècle : Vietnam, Bangladesh, Iran-Irak… Des conflits que le co-fondateur de Magnum a abordé selon une ligne de conduite simple et juste, apprise de ses maîtres en photographie : « même pour photographier un œuf, il faut tourner autour… Donc, je tourne autour ».