La latinité, "pour saluer nos différences"
(20/09/2005 - www.lenouvelliste.com)
Candido Mendes, secrétaire de l'Académie de Latinité, lors de son intervention le jeudi 15 septembre 2005. (Photo: PEV)
Candido Mendes et Michel Philippe Lerebours. (Photo: PEV)
C'est le vendredi 16 septembre 2005 qu'a pris fin dans l'après-midi le colloque sur la latinité et l'identité haïtienne qui s'est tenu au Ritz Kinam du 14 au 16 septembre. La ministre de la Culture Magali Comeau Denis a clôturé l'événement par un discours où elle a estimé que la latinité est venue nous voir non pas en brandissant la croix de Colomb, mais en reconnaissant la résistance haïtienne. Selon la ministre, la latinité rend hommage à nos différences et les reconnaît comme des conditions nécessaires à notre co-existence pacifique. Mme Denis a remercié l'Académie de la latinité et a salué la forte présence estudiantine qui est un grand signe d'espoir, selon elle.
« Dans mes propos d'ouverture de ce colloque, a-t-elle déclaré, j'avais rappelé que Haïti et la latinité avaient des choses à se dire, des contentieux à vider afin de pouvoir avancer ensemble.
« Je crois, estime-t-elle, que les trois jours qu'a duré le colloque nous ont permis au moins d'initier cela ».
Selon le titulaire du ministère de la Culture, la visite de la latinité chez nous est pour celle-ci un moyen de reconnaître notre résistance, de s'en enrichir tout en conviant, au nom de cette résistance à la célébration de cette périphérie qu'elle nous propose de revendiquer.
La latinité, vient nous saluer à un moment particulier de notre histoire où la course au pouvoir donne naissance à des ententes abjectes, a lâché la ministre faisant allusion aux alliances de tout poil qui se font actuellement en vue des prochaines joutes électorales.
« Elle vient nous saluer et nous offre en cadeau le dissensus. Elle arrive pour rendre hommage à nos différends et pour pouvoir les reconnaître comme conditions nécessaires à notre co-existence pacifique et non plus comme source de nos conflits. Vive nos différences ! », a lancé la ministre.
A la cérémonie de clôture, le secrétaire général de l'Académie de la latinité, Candido Mendes, a annoncé qu'Haïti sera représentée au Conseil de la latinité par la ministre de la culture, Magali Comeau Denis, comme membre permanent et aussi comme présidente du prix Michel Ralph Trouillot qui récompensera chaque année un étudiant haïtien vivant à l'étranger.
Plusieurs thèmes débattus
Plusieurs thèmes portant sur la latinité et l'identité haïtienne ont été débattus durant les trois jours du colloque par des intervenants haïtiens et étrangers tels que l'ex-président Leslie François Manigat, Sybille Fischer, le ministre de l'Education nationale Pierre Buteau, Jean Casimir, le philosophe et vice-président de l'Académie de la latinité Gianno Vattinio, l'écrivain Jean-Claude Fignolé, François d'Adesky, l'écrivain Lyonel Trouillot, le Docteur en histoire de l'art, Michel Philippe Lerebours, le professeur américain Craig Calhoum, Pierre Jean Josué, Walter Mignolo, Enrique Larreta, et le Zaïrois Valentin Mudimbe.
Ces intervenants ont débattu de thèmes divers tels que : « Le paradoxe haïtien, « Haïti dans la latinité, sens et non sens, tours et détours », « Sida, émergences et responsabilité mondiale », « Identité d'écrivain et mémoire littéraire », « texte et prétexte, le tracé du sujet », dialectique et Post-modernité, etc.
Dans son allocution, le professeur Manigat affirme que l'identité haïtienne est dosée de francité » et d'africanité, donc elle est plurielle, dit-il. Mais ce pluralisme se révèle inégal. « Il y a un mariage, soutient le professeur entre la francité et l'africanité pour donner l'haïtienneté.
De son côté, l'écrivain Lyonel Trouillot a comme pour illustrer les propos du professeur Manigat, peint le tableau d'aliénation causée par la latinité en Haïti, du moins l'appropriation qu'on en fait, a-t-il souligné.
Il faut souligner le fait que les débats étaient très animés et que les étudiants présents n'ont eu de cesse de questionner les soubassements de la latinité. Questions que les académiciens ont répondu négativement mais qui fait écho à l'opinion d'un des participants du colloque pour qui la latinité n'est qu'une tentative de régénérer l'occident à l'américaine, cette uniformisation par le bas reposant sur la force est vouée à l'échec en opposant à l'impérialisme américain un autre impérialisme, brésilien, dont le chef de file s'appelle Lula.
Le 12e colloque de la latinité a pris fin le 16 septembre 2005, en présence du ministre de l'Economie et des finances, entre autres personnalités, et de la ministre de la Culture.